End of suburbia

 

Je me souviens enfant, de ces moments d’enchantement à voir l’équilibre du monde s’épanouir sous mes yeux. Les premières chaleurs du printemps sur ma peau, les vacances à l’autre bout du pays, et les longues heures de voiture.
Je me souviens de l’école, de ces moments exceptionnels, les visites de musée, les spectacles, et cette exposition « scientifique » où un monsieur de l’entreprise Total présentait le travail sur une plate-forme de forage. De retour chez moi j’ai joué pendant un trimestre avec mes légos à la plate-forme pétrolière. J’avais 8 ans.
Je me souviens du cours de biologie sur la photosynthèse en 5 ème. Les arbres étaient nos amis, avalant le carbone, et dégorgeant d’oxygène. Garantissant l’équilibre.
Je me souviens de l’insouciance du lycée, puis de la fac, de ce mélange de liberté et de fierté à pouvoir enfin conduire une voiture, et émancipé, à rendre visite à qui bon je l’entendais.
Je me souviens de ce voyage en train avec mon pote ingénieur, m’initiant pour la première fois aux enjeux de ce qui, à l’époque, ne s’appelait pas encore « réchauffement climatique », mais dont la perspective m’avait, de fait, laissé abasourdi, sonné, groggy.
Je me souviens de cette soirée sur internet, à lire et relire le rapport du GIEC, et les nombreux commentaires qui peuplaient les forums.
Je me souviens des nuits blanches, et de ces longues journées peuplés de crises d’angoisses, le regard braqué vers le ciel, si bleu, dans la chaleur d’une canicule dont on disait qu’elle tuait dans les villes.
Aujourd’hui je veux surtout me souvenir de ce moment où j’ai fait le choix de la transition, quand j’ai quitté mon silence poli, pour poser cette simple question à ceux qui croisaient ma route : au vue des difficultés qui nous guettent, comment envisageons-nous l’avenir, puisqu’il va falloir de toute façon changer ?
Et au silence poli de ceux qui ne savent pas quoi répondre, je réponds encore et toujours qu’il y a toutes ces choses dont je me souviens…




 



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